
Annick LEPETIT et le fret en Ile de france
15/09/2010
« Île-de-France : le pari des marchandises » : 4 questions à Annick Lepetit, Députée PS de Paris, Adjointe au Maire de Paris, chargée des déplacements, des transports et de l’espace public lors de la Conférence RFF-TDIE du 23 juin 2010
1- Quelles sont les initiatives prises par la Ville de Paris en matière de logistique urbaine, à ce jour, et quel jugement portez-vous sur leur mise en acte ? Etes-vous favorable à la création de nouvelles bases logistiques multimodales terminales, ou d’éclatement, dans Paris ?
La logistique est une question fondamentale. Elle est au cœur du fonctionnement de nos villes. A Paris, plus de 32 millions de tonnes sont acheminées chaque année. C’est un secteur créateur d’emplois, de richesses, un élément majeur de l’attractivité de notre territoire. Mais c’est aussi une activité source de pollution, de bruit, d’encombrement. Et le défi, pour nous collectivités, c’est d’encourager les démarches les plus vertueuses, celles qui conjuguent développement économique et préoccupations environnementales et qui réconcilient nos concitoyens avec une activité qu’ils perçoivent encore trop souvent comme une nuisance.
Un des leviers, c’est le règlement. Celui que nous avons instauré en 2007 interdit la circulation des camions les plus encombrants en pleine journée et autorise les seuls véhicules propres à circuler entre 17h-22h, créneau où on enregistre généralement les pics de pollution.
Un autre levier, c’est celui du foncier. Ces trente dernières années, les surfaces dédiées à l’accueil de marchandises ont progressivement disparu de Paris. Il est à mon sens indispensable de remettre aujourd’hui dans la ville ce qui fait vivre la ville. Pour cela, nous avons mobilisé du foncier et créé plusieurs espaces logistiques urbains dans les parkings que nous avons mis à disposition d’opérateurs. Je pense à La Petite Reine qui fait des livraisons par triporteurs électriques depuis deux parkings du centre de Paris. C’est en plus une entreprise qui emploie des personnes en difficulté. C’est un point important pour nous et qui montre que ce type d’activité peut jouer un rôle d’insertion.
Nous avons aussi réservé au PLU des emprises pour la logistique, connectées au fer et au fleuve. Ces sites, qui appartiennent à RFF, à la SNCF, et Ports de Paris, doivent être valorisés et nous soutenons grandement la réalisation d’hôtels logistiques. De tels bâtiments, qui mixent les activités (bureaux, artisanat, logistique), s’intègreraient parfaitement dans l’espace urbain et permettraient une massification des flux plus importante et une utilisation accrue des modes alternatifs à la route.
Notre rôle c’est aussi d’encourager et de fédérer toutes les initiatives : celles des transporteurs qui doivent faire des efforts sur la motorisation des véhicules, des commerçants qui doivent repenser leurs modes d’approvisionnement, de l’Etat qui doit lui aussi prendre toute sa place. Car il est clair que la recherche de solutions innovantes ne peut aboutir que dans un cadre partenarial. C’est pourquoi, dès 2006, nous avons instauré un dialogue constructif avec les acteurs institutionnels et économiques (les logisticiens, les chargeurs, etc.) en élaborant une charte des bonnes pratiques.
2- Le rail et la voie d’eau ont-ils, à un horizon visible, quelque chance de devancer la route pour ravitailler la ville ? A quel prix, quelles conditions, quelles infrastructures ?
C’est bien tout l’enjeu aujourd’hui. Faire progresser la part de la voie d’eau et du ferroviaire. Des initiatives réussies ont été menées dans la grande distribution, notamment avec la rénovation de la Halle Gabriel Lamé à Bercy, pour laquelle nous avons investi 10 M€, et qui permet à Monoprix de faire venir une partie de ses marchandises dans Paris par train et de les distribuer dans ses enseignes avec des véhicules fonctionnant au GNV.
J’ai évoqué la création d’hôtels logistiques mais d’autres projets sont en cours. Le site du nouveau quartier Clichy-Batignolles accueillera par exemple un centre de tri des déchets relié aux infrastructures ferroviaires. Un autre projet innovant devrait prochainement aboutir concernant la filière automobile : l’approvisionnement en véhicules neufs par barges et l’acheminement des véhicules de location par trains depuis les aéroports franciliens. Nous discutons actuellement en ce sens avec les professionnels.
3- En matière de circulation des marchandises, comment doivent s’articuler la charte de la Ville de Paris, le futur PDU, le SDRIF, peu disert sur le fret… Et quid de Paris Métropole ?
Nous avons bien conscience que la chaîne logistique dépasse les frontières administratives et qu’en ce domaine, comme dans d’autres d’ailleurs, une politique cohérente ne peut s’arrêter aux portes du périphérique. Il faut mieux coordonner nos actions que ce soit en matière d’harmonisation de la réglementation – c’est une demande forte des professionnels – ou de développement du transport fluvial et ferroviaire.
Ces idées progressent. D’autres collectivités se saisissent aujourd’hui de ces enjeux, comme le Département de la Seine Saint-Denis ou la Région Ile-de-France, à travers la révision du Plan de Déplacements Urbains. Nous sommes à ce titre très attentifs à l’étude qui vient d’être lancée sur le potentiel logistique des emprises foncières situées à Paris et en couronne. Quant à Paris Métropole, c’est effectivement une nouvelle opportunité et un espace de dialogue inédit pour promouvoir et diffuser les principes d’une logistique durable.
4- A l’heure de la modernisation des politiques publiques et des restrictions budgétaires, de quels moyens disposent les élus pour porter leurs ambitions, notamment face aux appétits des opérateurs privés ? Existe-t-il un risque d’explosion des prix fonciers et immobiliers ?
La raréfaction du foncier a entraîné une tension sur les prix. Nous devons faire preuve de volontarisme et de créativité si nous voulons faire revenir des activités logistiques en zone dense. Lorsque nous implantons des espaces logistiques dans les parkings, nous le faisons à un tarif de location adapté aux réalités économiques du secteur, de l’ordre de 60€/m² par an, là où nous aurions pu valoriser davantage ces surfaces si nous les avions destinées à d’autres usages. Mais nous sommes convaincus que c’est à ce prix que nous attirerons des opérateurs. Dans le même esprit, nous regardons comment pourraient être mis à profit certains rez-de-chaussée commerciaux des bailleurs sociaux.
Les gestionnaires d’infrastructures, comme RFF, la SNCF ou Ports de Paris doivent également prendre leur responsabilité. Ce dernier propose, pour la location des ses entrepôts au bord de la Seine, des tarifs modulables et des « ristournes » qui sont en fonction du volume de marchandises transportées par la voie d’eau. C’est une piste très intéressante qui, de surcroît, permet le report modal. La réalisation d’hôtels logistiques, sur les emprises ferroviaires par exemple, offre également des perspectives prometteuses puisque les activités tertiaires et artisanales situées en étages permettraient de compenser la moindre rentabilité des surfaces logistiques en rez-de-chaussée.

































