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Région Nord-Pas de Calais

12/12/2010

Le Conseil Economique, Social et Environnemental Régional Nord-Pas de Calais, en séance plénière du 15 octobre 2010, vient de publier un rapport de Messieurs Guy JOIGNAUX, membre du Conseil Scientifique de TDIE et Marcel STEENLAND, sur la question :

Région Nord-Pas de Calais : quelle stratégie pour les ports de la façade maritime ?

Sommaire
 
1° PARTIE : LA FACADE PORTUAIRE MARITIME DU NORD-PAS DE CALAIS, ENTRE COMPLEMENTARITE ET CONCURRENCE
2° PARTIE : RETOUR SUR LA PERFORMANCE PORTUAIRE : CONSTATS NATIONAUX ET REGARDS SUR LES PORTS CONCURRENTS DE LA RANGEE NORD
3° PARTIE : LES REFORMES ET LE NOUVEAU PAYSAGE INSTITUTIONNEL PORTUAIRE
4° PARTIE : LES CONTOURS POSSIBLES D’UNE COORDINATION INTERPORTUAIRE
 
Synthèse du Rapport
 
Le CESER entend par ce rapport contribuer à la réflexion sur les modes de coordination, voire de coopération susceptibles, selon lui, de donner à l’ensemble portuaire Boulogne sur Mer-Calais-Dunkerque(1) les chances d’une meilleure efficience économique, sociale et environnementale.
Une des hypothèses du présent rapport est de considérer que, une fois surmontées les difficultés liées à la crise et ses répercussions sur les échanges mondiaux, le marché du transport maritime devrait se réinscrire progressivement dans une perspective de croissance durable sur le moyen-long terme. Les ports du Nord-Pas de Calais, avec les réserves de capacité existantes, ont de réelles opportunités de développement.
 
La façade portuaire Nord Pas de Calais possède une richesse potentielle, faite d’activités diversifiées, complémentaires, marginalement concurrentes à l’exception des activités transmanche, présentes sur tous les sites : Calais et Dunkerque se partagent la plus grande part des traversées maritimes, concurrencés par Eurotunnel, leader toutes catégories en voyageurs et très présent en fret. Le port de Boulogne-sur-Mer est le premier port de pêche national et leader européen de la transformation des produits de la mer, Calais est leader maritime du trafic transmanche tandis que Dunkerque est le premier port national sur les vracs et troisième sur l’ensemble des trafics fret. Eurotunnel est quant à lui le premier opérateur portuaire en voyageurs.
 
De nombreux travaux ont démontré la faible compétitivité des ports français. Parmi leurs handicaps figurent notamment l’absence d’une réelle vision stratégique de l’Etat, des dessertes terrestres insuffisantes, une réputation tenace sur le volet de la fiabilité sociale ou encore des politiques commerciales insuffisamment efficientes. Ce manque de compétitivité est d’autant plus handicapant pour les ports du Nord-Pas de Calais qu’ils sont en concurrence directe avec leurs voisins belges et néerlandais, reconnus pour leurs performances. Pour augmenter encore leur productivité, de fortes recommandations les incitent actuellement à renforcer leurs collaborations et spécialisations. Ces orientations confortent l’hypothèse de travail proposée par le CESER, tendant à créer les conditions d’une convergence de la stratégie de développement des ports du Nord-Pas de Calais.
 
Les ports du Nord-Pas de Calais ont des statuts différents : deux ports décentralisés et désormais propriétés de la Région (Boulogne-sur-Mer et Calais), un Grand Port maritime appartenant à l’Etat (Dunkerque) et une structure privée (Eurotunnel). Plusieurs alternatives s’offrent au Conseil régional pour assurer la gestion des ports dont il est devenu propriétaire. Sur les modes de rapprochement entre cette entité nouvelle et les autres acteurs portuaires de la façade, les textes sont inexistants, invitant ainsi les acteurs à faire preuve d’imagination.
 
Cette question de la coordination entre les ports de la façade maritime n’est pas nouvelle, mais les différentes tentatives antérieures n’ont pas abouti à des mesures concrètes pérennes. Une majorité des acteurs concernés se prononce pourtant en faveur de cette démarche, même si certains semblent plus prudents, voire, plus rarement, réticents.
 
Les rapporteurs considèrent que l’avenir des trois sites portuaires principaux du Nord-Pas de Calais est intrinsèquement lié à la réussite de la coordination portuaire, facteur susceptible d’être décisif dans l’amélioration de leur performance.
 
Une vision globale des ports du Nord-Pas de Calais est en effet indispensable afin de mettre la façade portuaire maritime au service du développement de l’arrière pays, et notamment le territoire régional. Une réflexion concertée serait également bénéfique en ce qui concerne les spécialisations à privilégier sur chacun des sites, pour éviter les redondances et/ou concurrences pénalisantes. Cette démarche devrait en même temps favoriser la visibilité internationale des ports de la région. De plus, il est primordial de s’assurer de la justification des investissements, de leur complémentarité et de la cohérence des prévisions de marché et de trafic qui sous-tendent extensions, modernisations et améliorations d’infrastructures. Le rapprochement des structures portuaires inciterait à davantage de partage de savoir-faire, d’expériences et d’innovations. Le nouveau contexte institutionnel pourrait enfin favoriser l’expérimentation d’un dialogue social territorialisé à l’échelle de la façade maritime.
 
Contrairement à ce qui prévalait dans la situation antérieure où ce rôle était aux mains de l’Etat propriétaire des ports, c’est désormais la Région qui se trouve en position de reprendre légitimement l’initiative politique visant à recréer une dynamique de rapprochement et rechercher les voies de coordination, voire de coopération, entre acteurs portuaires.
 
(1) Les ports de Gravelines et Etaples, de petite taille et orientés, l’un vers la plaisance, l’autre vers la pêche côtière, n’ont pas été retenus dans le cadre du présent rapport.
 
Cette conférence, regroupant, les acteurs principaux du territoire (collectivités territoriales, milieux socio-économiques, responsables des sites portuaires) aurait pour tâche première de mettre en débat plusieurs questions de portée stratégique :

  • la mise à plat et la recherche d’un rapprochement des visions et perspectives de développement de la façade portuaire Nord Pas de Calais dans un environnement économique et institutionnel sensiblement renouvelé dans la période récente ; aucun schéma innovant n’a vocation à être écarté de ces débats, même s’il devait conduire à imaginer que la meilleure coordination passe par la décentralisation de Dunkerque Port ; ou encore, des formes de rapprochement en vue d’éventuelles coopérations avec d’autres ports de la rangée nord ;

  • la mise en cohérence des plans de développement ambitieux entrepris ou à entreprendre dans les trois sites maritimes ;

  • la prise en charge commune de la réflexion sur les liens terrestres des sites portuaires, l’articulation aux plates-formes intérieures, dans le cadre d’une réflexion plus large qui devrait permettre d’aboutir à l’adoption d’un schéma régional de logistique ;

  • la recherche des domaines d’harmonisation, de mutualisation, d’exploitation en commun, de communication, en vue d’économies et de gains de compétitivité portuaire (l’élaboration de politiques commerciales efficaces concertées sur certains marchés ciblés devrait en faire partie) ;

  • la mise en place d’instances destinées à favoriser le dialogue social à l’échelle du territoire maritime ;

  • la création de groupes de travail spécialisés destinés à formuler des propositions d’actions et d’agendas dans quelques domaines ciblés : les outils de coopération-mutualisation (dragage, pilotage, etc.), la communication, la stratégie commerciale, le renforcement des liens avec l’enseignement et la recherche(2), la mise en place d’outils de suivi et d’évaluation (observatoire socio-économique et environnemental).

La problématique de la coopération portuaire en Nord-Pas de Calais est évoquée par les différents acteurs concernés depuis de nombreuses années. Il y a désormais urgence à mettre en place concrètement, et à faire vivre, l’instance susceptible d’impulser le rapprochement des ports de la région. Sans cette décision, le risque de marginalisation, au niveau national et international, des sites portuaires du Nord-Pas de Calais est réel.
 
(2) A l’image de l’accord passé récemment entre Dunkerque Port et l’ULCO

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